SERVIAM 

Lettre d’informations sur les relations entre l’église conciliaire et le judaïsme.                                                           

Enfin il leur envoya son fils, en disant, ils respecteront mon fils. Mais quand les vignerons virent le fils, ils se dirent entre eux : Voici l’héritier; venez, tuons-le et nous aurons son héritage.(S. Matthieu, Chap. XXI, 37-38)


 Numéro 9                                          Parution irrégulière                                   12 Janvier 2009

La prière de Jean XXIII pour les Juifs : Vrai ou Faux ?

Roncalli-Jean XXIII

  «Nous avons conscience aujourd'hui que des siècles et des siècles d'aveuglement ont fermé nos yeux et que nous ne pouvons plus voir la beauté de Ton peuple élu ni reconnaître sur son visage les traits de nos frères privilégiés. Nous nous rendons compte que le signe de Caïn est gravé sur nos fronts. Tout au long des siècles notre frère Abel gisait dans le sang et les larmes que nous lui faisions verser car nous avions oublié Ton amour. Pardonne-nous d'avoir faussement attaché une malédiction à leur nom de Juifs. Pardonne-nous de t'avoir crucifié une seconde fois dans leur chair. Car nous ne savions pas ce que nous faisions...»

  Telle est la prière que Roncalli-Jean XXIII aurait composée peu de temps avant de mourir pour demander pardon à Dieu pour toutes les souffrances que l’Église catholique a fait subir aux juifs. La première version francaise connue a été l’oeuvre du journal suisse La liberté le 9 septembre 1966. Elle fut reprise et confirmée comme authentique par La Documentation Catholique[1] du 2 octobre 1966 : 

Les milieux du Vatican ont confirmé le 7 septembre l’existence et l’authenticité d’une prière composée par Jean XXIII quelques jours seulement avant sa mort et dans laquelle le Pape demande pardon à Dieu pour toutes les souffrances que l’Église catholique a fait subir aux juifs.

L’existence de cette prière qui, selon les intentions de son auteur, aurait dû être récitée dans toutes les églises, avait été annoncée récemment au cours d’une conférence à Chicago par Mgr John S. Quinn, qui fut un des experts du Concile (La Documentation catholique, 2 octobre 1966, col. 1728).

  Un mois plus tard, La Documentation catholique publiait un démenti :

La Secrétairerie d’État a publié, le 26 octobre, le communiqué suivant au sujet de la soi-disant prière de Jean XXIII publiée dans notre numéro du 2 octobre, col. 1728, en nous faisant l’écho d’une information de presse à laquelle nous n’ajoutions aucun commentaire personnel :

La Documentation Catholique du 2 octobre 1966 (n° 1479, col. 1728) reproduit, d’après La Liberté de Fribourg, du 9 septembre précédent, une « prière de Jean XXIII pour les Juifs » et affirme que les milieux du Vatican en auraient confirmé l’authenticité.

Il s’agit, en réalité, d’un faux.

La Liberté de Fribourg a repris ce texte du journal hollandais De Tijd du 18 mars 1965. Le Tijd le tenait de American Commentary de Chicago (organe de l’« American Jewish Committee ») de janvier 1965, signé d’un pseudonyme (« F. E. Cartus ») sans aucune indication de source ni d’authentification. Le fait même de publier la chose sous un pseudonyme aurait dû mettre en garde. Mgr Quinn, qui est de Chicago, fit sienne cette prière (en toute bonne foi, on peut le croire) et en parla à une réunion interconfessionnelle.

Aucun bureau du Vatican ne peut avoir confirmé l’authenticité de cette prière, qui n’existe ni à la Pénitencerie apostolique, ni dans les écrits, tant imprimés qu’inédits, du Pape Jean XXIII.

Mgr Louis Capovilla, qui est le dépositaire de ces derniers, dément sans hésiter l’authenticité de cette prière.

L’examen attentif du texte fait d’ailleurs apparaître qu’elle est étrangère au style et au vocabulaire du regretté Pontife (La Documentation catholique, 6 novembre 1966, col. 1908-9).

  Depuis lors cette prière n’a cessé de ressurgir à diverses occasions ( par exemple dans le journal Le Monde comme en témoigne le Professeur Faurisson dans son étude déjà signalée dans la note 1).

  Récemment, cette prière a de nouveau fait polémique comme en témoigne cet article d’Andrea Tornielli, dans Il Giornale[2] du 21 décembre 2008, démentant les affirmations d’authenticité de la prière qu’avait publié un autre quotidien italien, La Reppublica.

  Voici la traduction francaise du début de l’article de Tornielli :

Une page entière sur la Repubblica d'hier révélait un exceptionnel « inédit » de Jean XXIII, une « prière pour les juifs » que le « bon Pape » - désormais au seuil de la mort - aurait écrit en reconnaissant les fautes des chrétiens qui sur le front porteraient, selon le texte, « la marque de Caïn ».

Un document significatif et important, qui sera récité ce soir au monastère Sainte Cécile de Rome par l'acteur Guido Roncalli (lequel, disons le tout de suite, n'est lié par aucun lien de parenté avec le Bienheureux Pontife) dans un spectacle au titre suggestif mais erroné « Roncalli lit Roncalli ».

Dommage cependant que la « prière » soit un faux, démenti répétitivement, et en plus depuis de nombreuses années.

Un apocryphe, donc, dont il n'existe aucun autographe et dont on ne connaît aucun détail sur l'origine, rendu connu pour la première fois par l'ex-jésuite Malachy Martin sous pseudonyme en 1965, et déclaré absolument faux par tous les collaborateurs de Jean XXIII, en premier lieu par son secrétaire, Mgr Loris Capovilla, qui avait été le gardien attentif et fidèle des papiers du Pontife bergamasque.

La Repubblica écrit qu'arrivé désormais au terme de sa vie, le Pape Roncalli, en mai 1963, « dans la clôture de sa chambre dans le Palais apostolique, au Vatican », consacra « ses dernières forces au peuple juif sous la forme d'une prière composée presque d'un jet sur une feuille blanche, devant le Crucifix ». En laissant ainsi à la postérité « une demande de pardon claire et passionnée pour les « fautes » commises par les chrétiens au cours des siècles par leur attitude antisémite ».

Le document exceptionnel, écrit le quotidien, « jusqu'à présent largement inédit en Italie », avait été publié « seulement partiellement, en 1965 sur un journal hollandais et brièvement évoqué la même année sur un périodique italien, semble t’il à l'initiative d'un jeune prélat américain qui avait pris part au Concile comme expert et était très ami depuis lors avec le Pontife ».

Teste important et dérangeant, tombé inexplicablement « dans l'oubli pendant 45 ans », avant que l'acteur homonyme mais sans lien de parenté, et le quotidien fondé par Eugenio Scalfari, ne le découvrent et le relancent.

En réalité, le motif d'oubli existe bel et bien, et il est fondé.

« Il s'agit d'un faux, Jean XXIII n'a rien à voir avec cette prière - explique au Giornale Mgr Capovilla - et la première fois qu'il fut rendu public, il fut promptement démenti ».

L'épisode entier a été reconstitué en son temps par le père jésuite Jean Caprile sur Civiltà Cattolica (le 18 juin 1983), sur la base des papiers conservés dans les archives de la « Fondation Jean XXIII » de Bergame. On découvre ainsi que la première à divulguer l'apocryphe, sans par ailleurs indiquer de sources ni de témoignages d'authenticité, est la revue de l'« American Jewish Committee », dans un article signé d'un certain « Cartus », pseudonyme de l'ex-jésuite Malachi Martin.

C'est sur ce dernier que pointent, depuis des décennies, les plus grands soupçons autour de la fabrication de l'apocryphe. Capovilla, qui avait déjà démenti à l'époque, renchérit aujourd'hui : « C'est une pure invention, et il me déplaît qu'on ait pu croire authentique une prière qui ne correspond pas au style et à l'esprit du Pape Jean, lequel ne se serait pas jamais permis de dire que les chrétiens portent imprimée « la marque de Caïn » sur le front. Les textes roncalliens ont été étudiés de très près, et publiés, il n'existe aucune trace de cette prière parmi les papiers du Pontife et ceux qui la citent n'ont jamais pu produire le moindre contrôle sur son authenticité, une authenticité qui est démentie par le texte même ».

  Il est intéressant ici de s’attarder plus longuement sur Malachi Martin et de son rôle joué lors de l’élaboration du document Nostra Aetate. Malachi Martin, jésuite de nationalité irlandaise et très certainement juif, était le secrétaire personnel du Cardinal Béa et jouait double jeu durant le Concile Vatican II en tant que taupe au profit de l’American Jewish Committee (AJC).

  Dans une biographie du rabbin Heschel – le représentant officiel de l’AJC auprès du Cardinal Béa durant le Concile Vatican II -, on peut lire la chose suivante :

  Shuster [alors représentant de l’AJC en Europe] trouva d’autre moyens pour obtenir des informations confidentielles et même des copies de documents secrets. Il développa une source clandestine d’informations, une ”taupe” au sein du Secrétariat du Cardinal Béa. Cet agent secret était un jésuite irlandais, Malachi Martin.[3]

  Avec un mélange de motifs loyaux et ignoble, Martin devint proche de Heschel et Shuster. Il appréciait énormément leur compagnie, spécialement lorsqu’ils disputaient le championnat de la meilleure histoire drôle en yiddish.[4]

  Certaines manoeuvres [d’Heschel et de l’AJC] étaient contestables. A la mi-mars [1964], Heschel prit ses dispositions avec Roger Strauss [un éditeur] pour que Malachi Martin, qui était maintenant à l’Institut Biblique de Jérusalem, puisse publier son livre de confidences (kiss-and-tell book) sur les travaux internes du Concile Oecuménique dans l’espoir que cela influencerait les présentes délibérations. En mai, Farrar et Strauss publièrent Le pélerin[5] (faisant référence au Pape Paul VI) sous le peusdonyme de Michael Serafian. Avec un mélange déloyal de faits, d’exagérations et d’inventions, utilisant des termes peu flatteurs mais précis, ce livre caractérisait le pape comme sincère, intelligent mais indécis, faible et soumis à la Curie. L’identité de Martin fut bientôt découverte et beaucoup protestèrent contre sa trahison. Le livre fut retiré de la circulation, causant des pertes considérables à l’éditeur, mettant par la-même un terme à l’amitié de Heschel et de Strauss pour Martin.[6]

Le rabbin Heschel et le Cardinal Béa

Le rabbin Heschel et le Cardinal Béa

  L’article publié par Cartus-Serafian-Martin[7] dans ”Commentary”, revue de l’AJC, en janvier 1965, fait un total de onze pages sur deux colonnes et est intitulé ”Vatican II & the Jews”. Cartus est présenté comme étant le ”pseudonyme d’un observateur catholique romain qui a observé les développements du Concile de très près” (sic).  Voici la traduction de la partie où Cartus révèle pour la première fois la fameuse prière de Roncalli-Jean XXIII aux Juifs :

La propre conception de Jean XXIII sur les qualités d’un tel document [la déclaration sur les Juifs] peut être jaugée par l’acte de réparation qu’il composa trois mois avant sa mort en 1963 et qu’il comptait faire lire à voix haute dans tous les églises catholiques du monde à une date fixe : «Nous avons conscience aujourd'hui que des siècles et des siècles d'aveuglement ont fermé nos yeux et que nous ne pouvons plus voir la beauté de Ton peuple élu ni reconnaître sur son visage les traits de nos frères privilégiés. Nous nous rendons compte que le signe de Caïn est gravé sur nos fronts. Tout au long des siècles notre frère Abel gisait dans le sang et les larmes que nous lui faisions verser car nous avions oublié Ton amour. Pardonne-nous d'avoir faussement attaché une malédiction à leur nom de Juifs. Pardonne-nous de t'avoir crucifié une seconde fois dans leur chair. Car nous ne savions pas ce que nous faisions...» C’est envers cette superbe déclaration chrétienne, avec son aveu des injustices du passé, sa reconnaissance des fausses accusations et son affirmation de la valeur intrinsèque du judaïsme, que les diverses versions du document sur les Juifs doivent être mesurées.[8]

 Peu auparavant le 3 septembre 1964, le New York Herald Tribune, avait publié une traduction à partir de l’original latin de la dernière mouture du texte sur les Juifs. Cette version avait tout de suite alarmé les Juifs car elle révèlait le ”désir ardent” de l’Eglise de voir les Juifs s’unir à elle. Evidemment ceci était insupportable aux Juifs et ces derniers réagirent très rapidement. Nous étions à quelques jours de l’ouverture de la troisième session du Concile, le 14 septembre, lui même veille de la fête juive de Yom-Kippour. Une rencontre[9] secrète entre Paul VI et Heschel fut organisée le 14 septembre – jour même de l’ouverture du Concile ce qui souligne bien le pouvoir que devaient avoir les infiltrés[10] du Secrétariat de Béa au Vatican - afin de sauver ce qui pouvait l’être.

 Auparavant, Malachi Martin, dans son livre Le pélerin, avait écrit les phrases suivantes :

Mais, dans l’ensemble, la session se termina sur une note d’optimisme. Avec son regard attentif et silencieux le cardinal Montini lui-même sentit qu’il était nécessaire de se prononcer clairement en faveur de la majorité et du progrès conciliaire. Le printemps 1963 s’acheva par la publication de Pacem in Terris. Les commissions conciliaires avaient été réduites et renforcées. Quelques membres de la Curie ne cessaient de se rappeler que Jean était dévoré vivant par un mal inexorable, dont ils parlaient comme de ”la main de Dieu”. Les éléments opposés (surtout non italiens) n’entrevoyaient que ciels roses : la deuxième session serait une victoire finale de l’amour chrétien, une victoire du Giovannismo[11]. (pages 121-122)

A ce moment précis de l’Histoire, un homme a été élevé à la dignité de pape. Son nom était Roncalli et il choisit de s’appeler Jean. Et cela lui convient à merveille, car il prêcha l’amour et il était le précurseur. Alors le feu de son amour transperca les ténèbres, éveilla partout à travers le monde, le désir d’un foyer qui réchauffât l’âme humaine, suscitât le respect profond d’une vérité qui, jadis, avait rendu l’homme parfait, doué de toutes les qualités. Jean XXIII était un précurseur. Il avait semé là où un autre moissonnerait. Il avait prêché l’unité de la race humaine et cette unité était en marche.

Etant donné son caractère et sa manière d’agir, la seule unité envisageable – l’unité autour de la montagne – paraissait impossible à réaliser. L’amour est une chose, la mise en équation de cet amour, sa canalisation dans les formes de la pensée humaine, en est une autre. Jean XXIII avait été un créateur. Un autre aurait à mener son oeuvre à bonne fin. L’Histoire se répétait : saint Paul s’élancait vers les ténèbres extérieures du monde, partait à la reconquête des anciennes vérités, et, par de nouveaux raisonnements, cherchait à transposer l’ancienne doctrine, au moyen de références que le monde serait apte à comprendre et qui conviendraient à ce qu’il attendait. (page 188)

 Nous voyons ici clairement à travers ces quelques lignes l’ordre donné par Malachi Martin et ses comparses à Montini-Paul VI de suivre fidèlement le ”giovannismo”, la ligne de conduite tracée par Roncalli-Jean XXIII – odieusement comparé à saint Jean-Baptiste. Or auparavant, Malachi Martin avait décrit le Cardinal Béa comme étant ”la voix authentique du giovannismo” :

Pendant un certain le nom de Béa a signifié un esprit et une méthode de pensée, et ce nom nous est apparu comme un miracle d’innocence humaine et de grâce chrétienne. Les réalisations de Bea devaient être étudiées sous les trois rubriques suivantes : l’oecuménisme, la liberté religieuse et les juifs. Dans ces trois domaines, il a profondément modifié la pensée catholique. Ses adversaires n’ont mesuré que trop tard la portée de cette activité; et cela souligne la méthode qu’il utilise : parfaite sérénité, parfaite tranquillité, confiance complète en soi et en Dieu, et talent digne d’un maître pour présenter les changements comme associés organiquement aux précédentes manières d’agir et de penser. [...]

La période qui s’écoula entre cette conférence de New York et septembre 1963 marqua le sommet de l’oeuvre de Bea. Il fut autorisé, sous l’autorité du Pape, à proposer les principes fondamentaux de l’oecuménisme, de la liberté religieuse et de la déclaration concernant l’antisémitisme. Le cardinal dirigea une tournée de conférences aux Etats-Unis, qui placa son nom, et par conséquent sa doctrine, au premier plan dans tous les esprits, catholiques ou non-catholiques, évêques et prêtres. Bea fut en cela le porte-parole, la voix authentique du giovannismo. (pages 126-127)

 La prière de Roncalli-Jean XXIII publiée par Malachi Martin en janvier 1965 s’incrit dans la suite du livre Le pélerin publié par ce même Malachi Martin en mai 1964. Quoi de mieux que cette prière du ”précurseur” pour guider le ”moissonneur” ? Cette prière du ”précurseur” résumait en quelques lignes le travail gigantesque effectué par le cardinal Béa, cette ”voix authentique du giovannismo”, ce ”miracle d’innocence humaine et de grâce chrétienne”.

 Comment ne pas voir à travers cette prière une énième manipulation des Juifs et de leurs alliés pour finir de changer les mentalités – s’appuyant sur l’image faussement entretenue du ”bon pape Jean” et de son esprit, le ”giovannismo” – et pour voter le texte révolutionnaire sur les Juifs ?

  Il nous semble donc assez sur que cette prière de Roncalli-Jean XXIII soit un faux. Que la supercherie fusse découverte peu de temps après importait peu, le texte sur les Juifs étant voté entre temps.

 On fera notre ce commentaire paru dans le journal Le Monde et rapporté par le Professeur Faurisson dans son ouvrage mentionné ci-dessus :

 Ce démenti ne touche très précisément que ce texte [celui de la prière de Jean XXIII aux Juifs]. Il ne saurait remettre en cause l’attitude du pape Jean qui exprima, on le sait, sa volonté d’inclure dans les documents du concile une déclaration sur les juifs dont le cardinal Béa fut le principal auteur (Le Monde, 27 octobre 1966, p. 9).

  Par conséquent, même fausse, cette prière synthétise parfaitement quelles étaient la pensée et l’attitude de Roncalli-Jean XXIII et ses acolytes (Bea, Isaac, ...) Ceci explique que cette prière soit toujours citée par des auteurs qui, tout en soulignant du bout des lèvres son inauthenticité,  l’utilise à leurs fins. (par exemple, Paul Giniewski dans son livre ”L’antijudaïsme chrétien, La Mutation”, p.493-494).

  Ce qu’il importe ici de bien comprendre, c’est le système de fraudes qui se trouve derrière cette fameuse prière de Roncalli-Jean XXIII, système d’ailleurs dénoncé par le biographe du rabbin Heschel comme nous l’avons montré précédemment. Or on n’a jamais vu l’Eglise catholique user de moyens frauduleux pour imposer une doctrine.

  Voici ce que dit Copin-Albancelli dans son livre ”La conspiration juive contre le monde chrétien” à propos de la fraude :

  Des dangers peuvent-ils arrêter ceux qui, par con­viction pure et désintéressée, veulent créer de nou­velles opinions, de nouveaux états de conscience? A cette question la réponse est fournie par l'établisse­ment du christianisme. Ses fondateurs prouvèrent que le danger ne compte pas pour quiconque a dans l'âme un grand idéal. Ceux qui prétendaient changer l'état de conscience au dix-huitième siècle n'avaient donc qu'à faire comme les premiers chrétiens.

  Ils n'avaient que cela à faire, en vérité. Mais ce n'est pas à la portée de tout le monde:

Les fondateurs du christianisme avaient pu prêcher leur idéal à la face du ciel, puisqu'ils le firent. Les fondateurs de la Maçonnerie ne le pouvaient évidem­ment pas, puisqu'ils ne le firent pas.

  C'est que les premiers avaient. un idéal tout de sa­crifice. Ils croyaient fermement que la doctrine qu'ils apportaient à l'humanité contenait le progrès et le salut de celle-ci. Pourquoi ne l'eussent-ils pas affirmé bien haut? Ils ne risquaient qu'une chose : qu'on s'op­posât à leur évangélisation ; qu'on les en punît et même peut-être qu'on les fit périr. Mais la mort était chose dont ils n'avaient point peur, précisément parce que leur ambition avait son terme, non dans ce monde, mais dans un autre en l'existence duquel ils avaient foi et dont la mort leur ouvrait les portes.

  Et c'est pour cela que, malgré les haines et en dépit des obstacles, ils parvinrent à substituer à l'idéal romain qui était celui de la force, l'idéal chrétien qui était celui du dévouement, c'est-à-dire exactement le contraire.

  La Puissance mystérieuse qui fonda la Maçonnerie était évidemment dominée par d'autres pensées, puisqu'elle procéda autrement. Si elle avait eu pour but le seul idéal, elle eût proposé à la face du ciel, elle aussi, cet idéal au monde. Ses représentants eus­sent agi comme les premiers chrétiens. Dans le cas où ils eussent été empêchés dans leur prédication, ils se fussent dit : « Si notre idéal déplaît à nos contem­porains, c'est que ceux-ci ne sont pas assez élevés, as­sez dévoués, assez purs pour le comprendre. Nous al­lons nous sacrifier afin de leur apprendre à l'aimer.»

  S'ils procédèrent autrement, . c'est qu'évidemment leur royaume était de ce monde ; c'est que leur but, au lieu d'être moral, était matériel ; c'est qu'ils étaient dominés, non par un idéal, mais par une ambition, par. un appétit. Et nous le savons trop maintenant ! Ils voulaient vivre pour jouir et dominer. Et comme on ne se fait généralement pas tuer par amour de la vie, comme on ne s'immole pas par désir de jouissance, mince, comme on ne se dévoue pas par soif de domi­nation,  ils étaient bien obligés de trouver un autre moyen que l'exemple du sacrifice volontaire pour modifier cette opinion catholique du commencement du XVIII siècle qui faisait obstacle à la réalisation de leurs vues intéressées.

  Ce n’était pas facile. En effet une opinion qu’on propose de modifier est, en soi, chose capable de résistance. C'est une sorte d'être ; un être immariel mais un être tout de même. Cet être, comme tous les autres, est attaché à la vie. Or, comment créer une nouvelle opinion sans que meure l'ancienne? Et comment faire mourir celle-ci sans qu'elle collabore à sa propre destruction? On peut l'entraîner à cela, en consentant à mourir soi-même, comme firent les mar­tyrs chrétiens ; en créant par la contagion de l'exem­ple, « la sainte folie du sacrifice ». Mais, dès lors qu'on renonce à ce moyen et que d'autre part on n'a pas le pouvoir, c'est-à-dire la force à sa disposition, qu'est-ce qui reste? Cherchez, et vous verrez qu'à dé­faut de la force ou de la prédication au grand jour faite dans un esprit d'abnégation et de sacrifice, il n'y a .qu'un moyen pour modifier ou détruire un état de conscience : la fraude.

  Il faut alors amadouer, capter, séduire l'opinion qu'on veut détruire, lui faire absorber certains prin­cipes destructeurs en les lui présentant comme des idées nourricières ; il faut ruser et mentir, comme rusent et mentent les toréadors qui abattent les tau­reaux dans les arènes. Lorsque ceux-ci tombent frap­pés par la spada, ils ont collaboré, eux aussi, à leur destruction, malgré leur désir de vivre. Comment le toréador les y a-t-il incités? En les trompant, en agi­tant devant leurs yeux le lambeau d'étoffe rouge que l'animal surexcité charge furieusement, sans se dou­ter que derrière ce morceau de soie brillante et inof­fensive est une main qui, le moment venu, tendra l'arme sur la pointe de laquelle il se précipitera dans un élan mortel.

  On peut procéder à l'égard d'un peuple dont on veut détruire l'âme, comme procède le toréador vis­-à-vis du taureau. Que faut-il pour cela? Des idées sé­duisantes agitées par des rhéteurs habiles, comme est agitée la cappa par ceux qui précèdent le toréa­dor dans l'arène, pour exciter peu à peu la bête, pour étudier ses moyens de défense et d'attaque, pour l'épuiser progressivement, pour créer des conditions telles que lorsque arrivera l'heure de la lutte finale, le triomphe de la spada traîtresse soit à peu près as­suré.

  Des idées habilement choisies, séduisantes mais corruptrices et perturbatrices, des cappadores agiles pour agiter et faire miroiter ces idées, voilà donc ce dont devait se préoccuper ce matadore masqué, le Pouvoir occulte, qui, ne pouvant réaliser ses plans tant que régnerait l'opinion existant au commence­ment du XVIIIe siècle, se trouvait dans la nécessité de la détruire alors qu'il n'avait ni la force ni le désir de se sacrifier.

Ainsi envisagée, la difficulté.pouvait être surmontée.

  A une condition pourtant, c'est que, comme l'être moral qu'il s'agissait d'attaquer était organisé socialement, et comme les chefs de l'état de choses existant devaient être plus ou moins conscients et prévoyants, on cachât soigneusement certains travaux préparatoires qui eussent pu éveiller les soupçons. D'où la nécessité du secret en même temps que celle du mensonge. (Edition Vitte, 1909, pages 24-27).

Toute ressemblance entre ces quelques pages de Copin-Albancelli et l’élaboration du document Nostra Aetate n’est pas fortuite.

 A ce présent document, nous ajoutons deux annexes :

Contact : contact.serviam@gmail.com

Aucun copyright.



[1] Les deux extraits de La Documentation Catholique repris dans ce numéro Serviam sont extraits de l’annexe numéro 1 du livre ”Le révisionnisme de Pie XII” du Professeur Robert Faurisson. Cette annexe intitulée ”Un faux : la prière de Jean XXIII pour les Juifs” est reproduite à la fin de ce numéro de Serviam. Cet ouvrage du Professeur Faurisson publié en 2002 aux Editions Graphos est disponible chez DPF.

[2] http://www.ilgiornale.it/a.pic1?ID=316012&START=0&2col=

[3] ”Spiritual Radical, Abraham Joshua Heschel in Americal, 1940-1972” par Edward Kaplan publié par la Yale University Press en 2007. Page 243.

[4] Ibid.

[5] Ce livre sera publié la même année en cinq langues : francais, anglais, allemand, espagnol et italien. Il est quasiment inconnu du grand public. Ce livre qui n’a pas été publié pour le lecteur lambda a surement été distribué gratuitement aux évêques et aux cardinaux (du moins à certains) durant l’année 1964. Croire que seuls les adversaires de Nostra Aetate (tels Maurice Pinay ou Léon de Poncins) agissaient ainsi serait faire preuve d’une grande naïveté. On peut acheter ce livre sur abebooks.fr à un prix relativement modeste. Nous ferons un numéro de Serviam spécialement sur ce livre.

[6] Op. Cit. p.254.

[7] A propos de ce personnage aux multiples pseudonymes, voir l’article de Joseph Roody publié par le magazine Look en 1966 qui lui consacrait un paragraphe entier sans toutefois révéler que derrière Cartus-Serafian-Pushkin-Boyle, ..., se cachait Malachi Martin.

Similar stories in the Times foretold Council failings before they happened. Most of these were substantiated in magazine pieces and books published later, though some had traces of special pleading. The American Jewish Committee's intellectual monthly, Commentary, had offered a most bleak report on the Council and the Jews by the pseudonymous F. E. Cartus. In a footnote, the author referred the reader to a confirming account in The Pilgrim, a 281-page book by the pseudonymous Michael Serafian. Later, in Harper's magazine, Cartus, even more dour, added to the doubts on the Jewish text. To buttress his case, he recast Pilgrim passages and cited Council accounts in Time, whose Rome correspondent had surfaced for by-line status as author of a notably good book on the Council. At the time, both Time and the New York Times were glad to have an inside tipster. Just for the journalistic fun of it, the inside man's revelations were signed "Pushkin," when slipped under some correspondents' doors. But readers were served no rewritten Pushkin on the Council's last sessions. The cassock had come off the double agent who could never turn down work. Pushkin, it turned out, was Michael Serafian in book length, F.E. Cartus for the magazines, and a translator in the Secretariat for Christian Unity, while keeping up a warm friendship with the AJC. At the time, Pushkin-Serafian- Cartus was living in the Biblical Institute, where he had been known well since his ordination in 1954, though he will be known here as Timothy Fitzharris O'Boyle, S.J. For the journalists, the young priest's inside tips and tactical leaks checked out so well that he could not resist gilding them every now and then with a flourish of creative writing. And an imprecision or two could even be charged off to exhaustion in his case. He was known to be working on a book at a young married couple's flat. The book finally got finished, but so did half of the friendship. Father Fitzharris-O'Boyle knew it was time for a forced march before his religious superior could inquire too closely into the reasons for that crisis in camaraderie. He left Rome then, sure that he could be of no more use locally. Apart from his taste for pseudonyms, fair ladies, reports on the nonexistent and perhaps a real jester's genius for footnotes, Fitzharris- O'Boyle was good at his job in the Secretariat, valuable to the AJC and is still thought of by many around Rome as a kind of genuine savior in the diaspora. Without him, the Jewish declaration might well have gone under early, for it was Fitzharris-O'Boyle who best helped the press harass the Romans wanting to scuttle it. The man has a lot of priests' prayers.  Other years, Fitzharris-O'Boyle was around Rome when the declaration needed help. At Vatican II's fourth and last session, there was no help in sight. And things were happening very fast.

[8] Vatican II & the Jews de F.E. Cartus  in Commentary, January 1965, p.21.

[9] On trouvera dans la biographie d’Heschel déjà mentionnée de nombreux détails sur cette rencontre.

[10] Malachi Martin, le Père Morlion, les abbés Baum et Oesterreicher, ...

[11] Dans son article publié dans la revue Commentary, Cartus-Martin donne pour définition du giovannismo, l’esprit de Jean XXIII.