SERVIAM 

Lettre d’informations sur les relations entre l’église conciliaire et le judaïsme.                                                           

Enfin il leur envoya son fils, en disant, ils respecteront mon fils. Mais quand les vignerons virent le fils, ils se dirent entre eux : Voici l’héritier; venez, tuons-le et nous aurons son héritage.(S. Matthieu, Chap. XXI, 37-38)


 Numéro 3                                          Parution irrégulière                                   21 Octobre 2008


L’invité spécial de Ratzinger au Synode

  Du 5 au 26 octobre 2008, a lieu, à Rome, la ”douzième assemblée générale ordinaire du Synode des Evêques”. Comme le fait remarquer le site du Vatican,

le Synode des Évêques est une institution permanente établie par le Pape Paul VI, le 15 septembre 1965, en réponse au désir exprimé par les Pères du Concile Vatican II de maintenir vivant l'esprit positif engendré par l'expérience conciliaire.

  Le thème du Synode de 2008, convoqué par Ratzinger-Benoît XVI est "la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Eglise".

  A l’occasion de ce synode, Ratzinger-Benoît XVI n’a rien trouvé de mieux que d’inviter un rabbin[1], fait évidemment unique dans les annales. Voici comment ce fait était relaté avant le début du Synode :

Le pape Benoît XVI a invité pour la première fois un non chrétien à parler devant le Synode des évêques qui se tiendra du 5 au 26 octobre. Il s'agit du rabbin chef de Haifa, Shear-Yashuv Cohen. C’est lui-même qui l’annoncé en définissant un ''signe d'espérance '' l'invitation adressée par Benoît XVI. Ce prochain synode rassemblera au Vatican, des évêques du monde entier et sera consacré à la Bible, avec pour thème « La parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Église ».

Il sera le premier juif à assister à un Synode. Le rabbin chef de Haifa shear-Yashuv Cohen interviendra devant les pères synodaux, le second jour des travaux, avec une intervention sur la centralité de l'Écriture juive dans la tradition juive. Le rabbin a révélé avoir accepté l'invitation « avec un peu d'anxiété ».

« L'invitation - a-t-il souligné - porte en elle-même un message d’Amour, une coexistence et une paix pour les générations, et je vois en elle comme une déclaration que l'Église entend continuer avec la politique et la doctrine établie par le pape Jean XXIII et le pape Jean-Paul II, et j’ai apprécié très profondément cette déclaration »

Le rabbin Shear-Yashuv Cohen est membre de la commission de travail bilatérale permanente Israël-Vatican qui se réunit régulièrement afin de conclure un accord juridico-financier concernant les propriétés ecclésiastiques, les exonérations fiscales sur le revenu des activités commerciales des communautés chrétiennes et le statut juridique de l'Église catholique en Israël.

Résumé de l’intervention du rabbin devant le synode des évêques.

Pour la première fois un rabbin, et un non chrétien, s'est adressé aux Pères synodaux. Shear-Yashuv Cohen a placé cette présence au Synode « dans le sillage de ce qu'avait commencé Jean XXIII, qui a rejoint son sommet dans la vie et dans l'oeuvre de Jean-Paul II.

Il a déclaré : "Nous espérons avoir votre aide en tant que responsables religieux - comme celle du monde entier - pour protéger, défendre et sauver Israël, le seul et l’unique État souverain des ‘Gens du Livre’, des mains de ses ennemis".

En ce qui concerne l'invitation reçue par le pape Benoît XVI et le thème du Synode, Cohen s'est limité à dire : « Nous apprécions beaucoup les implications de ce geste », a dit le rabbin en intervenant au cours de la première journée de l'assemblée synodale. « L'histoire des relations entre notre peuple, notre foi et les disciples et les représentants de l'Église catholique est longue, difficile et douloureuse. Je sens profondément que ma présence ici devant, est très significative. Elle porte en elle un signal d'espérance, de coexistence et de paix pour notre génération et pour les générations à venir ».

  Ce synode n’est, au moment où ce présent numéro de Serviam est publié, pas encore terminé. Néammoins, il est fort intéressant de noter le paragraphe 37 du Rapport après le Débat général (Relatio post disceptationem).  Ce rapport est en quelque sorte une préparation des propositions pastorales à soumettre au pape Ratzinger-Benoît XVI. Ce rapport fut lu – en latin – par le cardinal Ouellet, archevêque de Quebec.

37. La Parole de Dieu, source du dialogue entre chrétiens et juifs

Le dialogue entre chrétiens et juifs, nos frères aînés, touche l’intérieur même de l’Église et du mystère de la foi. Jésus et les Douze étaient des Juifs de naissance. La Terre sainte est la première matrice de l’Église. Il convient de faire, de la relation entre chrétiens et juifs, un objet qui concerne tous les chrétiens et pas seulement les spécialistes du dialogue. Cela implique des attitudes concrètes: toujours parler des juifs au présent; tenir la survie du peuple juif pour un fait spirituel; accueillir la portée universelle du judaïsme; éviter toute théologie de la substitution; dans la lecture chrétienne de l’Ancien Testament, laisser une place à la lecture juive; partager avec les juifs l’attente eschatologique.

Là où, pour des raisons politiques et idéologiques, sur fond de sang et de souffrances, des chrétiens éprouvent des difficultés à lire l’Ancien Testament, même au point de le rejeter, on voudra bien élaborer une herméneutique catholique, commune à tous, réelle et claire, qui soit apte à résoudre ce problème.

  Il serait intéressant ici de faire le parallèle entre cet extrait du rapport du Synode et les idées pronées par Jules Isaac, pour constater ô combien l’église conciliaire réalise point par point le programme concocté par ce dernier. L’église conciliaire est définitivement passée à ”l’enseignement de l’estime”. Nous institerons simplement sur cette phrase :

Dans la lecture chrétienne de l’Ancien Testament, laisser une place à la lecture juive; partager avec les juifs l’attente eschatologique.

  Cette phrase exprime tout simplement la pensée de celui qui n’était alors que le cardinal Ratzinger dans son livre-entretien ”God and the World[2]

Il est évidemment possible de faire de l'Ancien Testament une lecture non axée sur le Christ, car il ne ne désigne pas celui-ci de façon tout à fait univoque. Et si les Juifs ne peuvent percevoir les promesses comme accomplies dans le Christ, ce n'est pas par mauvaise volonté, c'est véritablement à cause de l'obscurité des textes et de la tension qui existe entre ces textes et la figure de Jésus. Jésus apporte un sens nouveau à ces textes ; pourtant, c'est lui qui, le premier, leur donne leur cohérence, leur pertinence et leur portée. Il existe donc des raisons parfaitement valables de nier que l'Ancien Testament parle du Christ et de dire : "Non, ce n'est pas ce que cet homme a dit". Et il existe aussi de bonnes raisons d'y voir des allusions au Christ. Voilà à quoi tient le différend entre Juifs et Chrétiens." (Joseph Ratzinger, God and the World, p. 209 de la version anglaise).

  Résumons simplement la pensée de Ratzinger-Benoît XVI :

1)      La révélation divine est obscure et il y a de très bonnes raisons pour refuser que l’Ancien Testament fasse référence au Christ.

2)      Ceci implique donc que Dieu a échoué car les prophéties divinement inspirées ne sont pas suffisament claires.

  C’est pour justement réfuter ces pensées blasphématoires que saint Pie X avait institué le serment antimoderniste – serment que Ratzinger-Benoît XVI a prêté - qui stipule

Deuxièmement, j'admets et je reconnais les preuves extérieures de la Révélation, c'est-à-dire les faits divins, particulièrement les miracles et les prophéties comme des signes très certains de l'origine divine de la religion chrétienne et je tiens qu'ils sont tout à fait adaptés à l'intelligence de tous les temps et de tous les hommes, même ceux d'aujourd'hui.

  Ratzinger-Benoît XVI dit donc l’inverse de saint Pie X. Il est de plus parjure et met en acte ses paroles (ou écrits) en invitant un rabbin à venir discourir devant les évêques sur son interprétation – évidemment erronée – de l’Ancien Testament, interprétation que Ratzinger-Benoît XVI trouve possible étant les prétendues défaillances des textes sacrés.[3]

  Voici également deux passages de saint Jean Chrysostome[4] – certainement le Père de l’Eglise le plus haï des adeptes de ”l’enseignement de l’estime” tels les Jules Isaac ou Paul Giniewski.[5]

Mais, puisqu'il y en a qui pensent que la synagogue est un lieu saint, il est nécessaire de dire quelques mots pour les désabuser. Pourquoi, en effet, vénérez-vous ce lieu qui doit être méprisé, exécré, et dont il faut s'éloigner? La loi, disent-ils, y est déposée, ainsi que les livres prophétiques. Et qu'est-ce que cela fait? Quoi donc ! Suffit-il que les Livres saints soient  quelque part, pour que le lieu soit saint aussi? Nullement. Pour moi, j'en déteste d'autant plus la synagogue ; elle a les prophètes, et elle ne croit pas aux prophètes, elle connaît les Ecritures, et elle n'en accepte pas le témoignage : n'est-ce pas pousser l'injure jusqu'à la dernière limite? Dites-moi, si vous voyiez un homme vénérable, célèbre, illustre, conduit dans un cabaret ou dans un repaire de brigands, et que là, il fût injurié, frappé et eût à souffrir les derniers outrages, est-ce que vous admireriez l'auberge ou la taverne , par la raison que ce grand homme, cet homme distingué y est entré et y a été bafoué et insulté? Je ne le pense pas ; ce serait principalement pour cela que vous le haïriez et que vous l'auriez en aversion. Raisonnez de même pour la synagogue. Les Juifs y ont apporté avec eux les prophètes et Moïse, mais ce n'est pas pour les honorer, c'est au contraire pour les injurier et les déshonorer. Ils disent que ces saints personnages n'ont pas connu Jésus-Christ, et qu'ils n'ont pas parlé de son avènement, peuvent-ils leur faire une plus grande injure? Ils ont l'audace de vouloir faire de ces grands hommes les complices de leur impiété ! Il faut donc les haïr, et eux et leur synagogue, pour la raison surtout qu'ils ont outragé les saints prophètes. (Discours contre les Juifs, Premier Discours, § 5)

Saint Jean Chrysostome

Et n'allez pas me dire que dans le lieu [la synagogue] où vous vous transportez sont la loi et les livres des prophètes, car cela ne suffit pas pour rendre un lieu saint. En effet, lequel est plus efficace d'avoir des livres déposés dans un lieu, ou de prononcer les paroles renfermées dans des livres ? Il est clair que c'est de prononcer de bouche et d'avoir dans le coeur les paroles des livres. Mais je vous le demande, lorsque le démon prononçait les paroles des Ecritures, ces paroles sanctifiaient-elles sa bouche? Non, sans doute ; mais il conservait toujours sa nature de démon. Et lorsque des esprits impurs publiaient et disaient : Ces hommes sont les serviteurs du Très-Haut, ils vous annoncent la voie du salut (Act. XVI, 17.) Etait-ce une raison pour les placer parmi les Apôtres ? Point du tout; mais on les a toujours également en horreur et en exécration. Et lorsque les paroles ne sanctifient pas la bouche qui les prononce , des livres sanctifieraient le lieu où ils reposent! Serait-il raisonnable de le penser ? Pour moi , je hais surtout la synagogue, parce qu'elle a la Loi et les Prophètes, et je la hais beaucoup plus que si elle ne les avait pas. Pourquoi? Parce que c'est là une amorce plus dangereuse et un moyen plus sûr de tromper les simples. Aussi saint Paul était plus empressé de chasser un démon parce qu'il parlait que s'il se fût tu. Fatigué de ses paroles, dit l'Ecriture, il lui dit : Sors de cette personne. (Act. XVI, 18.) Et pourquoi lui donnait-il cet ordre? Parce qu'il criait : Ces hommes sont les serviteurs du Très-Haut. Le silence l'eût moins bien servi pour tromper les simples ; au lieu qu'en parlant, il devait en entraîner un grand nombre et les engager à l'écouter dans d'autres suggestions; afin d'ouvrir une porte à ses impostures, et de pouvoir mentir avec plus de confiance, le démon mêlait quelques vérités à ses mensonges. Ainsi ceux qui veulent faire prendre du poison, frottent de miel les bords de la coupe, afin qu'on avale plus aisément le breuvage funeste. Voilà donc pourquoi saint Paul, fatigué des paroles de l'esprit impur, s'empressait de lui fermer la bouche, ne pouvant souffrir qu'il prît un ton de dignité qui ne lui convenait pas. Moi de même je hais les Juifs, parce qu'ayant la loi entre les mains ils l'outragent, et que par là ils cherchent à séduire les simples. Ils ne seraient pas aussi coupables si, ne croyant pas aux prophètes, ils refusaient de croire à Jésus-Christ; mais ils n'ont aucun espoir de pardon, parce qu'en disant qu'ils croient aux prophètes, ils outragent celui que les prophètes ont annoncé. (Discours contre les Juifs, Sixième Discours, § 6)

Soulignons plus particulièrement ce passage :

Pour moi , je hais surtout la synagogue, parce qu'elle a la Loi et les Prophètes, et je la hais beaucoup plus que si elle ne les avait pas. Pourquoi? Parce que c'est là une amorce plus dangereuse et un moyen plus sûr de tromper les simples.

  C’est exactement ce que dira, plusieurs siècles après, Mgr Delassus dans ”La conjuration antichrétienne” : « L’erreur la plus nuisible est celle qui est la plus proche de la vérité, ou celle qui en emprunte les termes ».

  C’est l’erreur que commet Ratzinger-Benoît XVI. Erreur jamais commise par les vrais papes.

Ratzinger-Benoît XVI saluant le rabbin Cohen durant le Synode

Ratzinger-Benoît XVI saluant le rabbin Cohen durant le Synode

Contact : contact.serviam@gmail.com

Aucun copyright.



[1] Le rabbin Shear-Yashuv Cohen est un des trois invités spéciaux de Ratzinger-Benoît XVI. Les deux autres sont A. Miller Milloy, secrétaire général de l'United Bible Societies, et frère Alois, prieur de la Communauté de Taizé.

[2] Nous ne possédons pas la version francaise de ce livre. Nous présentons donc ici une traduction effectuée à partir de la version anglaise : ”It is of course possible to read the Old Testament so that it is not directed toward Christ; it does not point quite unequivocally to Christ.  And if Jews cannot see the promises as being fulfilled in him, this is not just ill will on their part, but genuinely because of the obscurity of the texts and the tension in the relationship between these texts and the figure of Jesus.  Jesus brings a new meaning to these texts – yet it is he who first gives them their proper coherence and relevance and significance.  There are perfectly good reasons, then, for denying that the Old Testament refers to Christ and for saying, No, that is not what he said.  And there are also good reasons for referring it to him – that is what the dispute between Jews and Christians is about.” (Joseph Ratzinger, God and the World, p. 209.)

[3] Défaillance également de Notre Seigneur Jésus-Christ qui n’a pas su montrer de facon claire et nette qu’il était celui auquel l’Ancien Testament faisait perpétuellement référence. En somme, Notre Seigneur était donc un dieu faillible... Notre Seigneur était-il Dieu ?  N’est-ce pas ce que semble dire le Cardinal Ratzinger dans une méditation publiée en italien à la une de L’Osservatore Romano du 29 décembre 2000 : ”Le Dieu de la Bible des juifs qui – Nouveau Testament inclus – est la Bible des chrétiens, tantôt d’une tendresse infinie, tantôt d’une sévérité inspirant la crainte, est aussi le Dieu de Jésus Christ et des apôtres.”

[4] L’intégralité des écrits de saint Jean Chrysostome sont disponibles sur le site de l’abbaye Saint Benoît de Port_Valais : http://www.abbaye-saint-benoit.ch Les moines ont cependant cru bon de se fendre d’un avertissement à propos des homélies de saint Jean Chrysostome contre les Juifs : ” Il est bon de relire l'enseignement de l'Eglise sur les relations avec le Judaïsme pour éviter les interprétations littérales et hors contexte des avis des Pères de l'Eglise : Vatican II et Nostra Aetate.” A noter de nombreux autres textes disponibles sur ce site : en particulier, l’Année Liturgique de Dom Guéranger, saint Augustin, ...

[5] Dans son livre-clé, ”L’antijudaïsme chrétien, La mutation”, Paul Giniewski demande l’abolition par l’Eglise de ”la sainteté de saint Jean Chrysostome à la langue de vipère” (p. 635). Giniewski se décrit lui-même comme un fils spirituel de Jules Isaac.